Répression interne

Les usines Renault, à Billancourt notamment, avaient mauvaise réputation. Les conflits du travail y ont été violents dans tout l’entre-deux-guerres. Billancourt était surnommé « le bagne », et Louis Renault « le saigneur de Billancourt ». Les accidents du travail, y compris mortels, étaient extrêmement nombreux. Cette situation est difficile à imaginer aujourd’hui : les avancées sociales acquises par les luttes ouvrières dans le cadre de la Régie nationale d’après guerre ont donné une autre image de cette entreprise. Aujourd’hui, cette image s’est à nouveau transformée et dégradée.

Lieu de luttes importantes en 1936, la SA des Usines Renault fut violemment reprise en main après l’échec de la grève du 24 novembre 1938, et le licenciement du jour au lendemain de 36 000 salariés, le rembauchage quelques jours après de 34 000, permettant instantanément la baisse (fort utile) des effectifs de plus de 5% et l’élimination des syndicalistes.

Ce n’était qu’un début. Dès la drôle de guerre et l’hiver 1939-1940, la SAUR a fait peser sur les salariés un poids beaucoup plus lourd – augmentation des horaires et baisse des salaires – en s’appuyant sur le décret du 26 septembre 1939 d’interdiction du Parti Communiste. Cette mesure permit d’affaiblir considérablement la CGT, nombre de ses dirigeants, à tous les niveaux, étant en fuite ou arrêtés.

Avec la défaite de juin 1940, les choses ne firent qu’empirer. La pression sur les salaires se fit plus forte, provoquant le mécontentement des ouvriers. Durant l’hiver 1940-1941 et le printemps 1941, les cadences dues à des commandes liées à la préparation de l’opération Barbarossa (attaque de l’Union Soviétique) furent intensifiées. Non seulement les services de renseignement gaullistes recueillent ces informations, mais la police (de Vichy) aussi et le commissariat de Boulogne-Billancourt fait à ce sujet un  rapport le 16 mai 1941.

Hélas, ce n’est qu’un début. Non seulement de nombreux militants qui ont été chassés de Renault en 1938, et qui sont pour la plupart dans la clandestinité ou déjà arrêtés, mais encore Renault fait arrêter des militants, par l’intermédiaire de la police française. Nous n’avons pas tous les documents relatifs à cette répression. Le 24 juillet 1942, 24 militants de Renault sont arrêtés, le rapport commençant par : « A la suite de la constatation d’une certaine recrudescence de la propagande communiste à l’intérieur des usines Renault de Boulogne Billancourt… » D’autres documents prouvent la coopération quotidienne de la police avec la milice interne de plusieurs centaines de gardiens entretenue par la SAUR.

Ces militants, comme ceux licenciés antérieurement, seront, au gré des fortunes de guerre, torturés , déportés ou fusillés.

Les héritiers Renault, pensant apitoyer le public sur les mauvais traitements qu’aurait subi leur grand-père, à coup de falsifications, et pour en tirer profit,– à tous les sens du terme- font preuve d’une indécence obscène : non contents d’attaquer, sans  vergogne, le centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, ils n’ont pas un mot pour les résistants, torturés, déportés, fusillés, victimes jusqu’à la mort, des dénonciation de l’organisation mise en place par le grand-père.