Fournisseur zélé de l’Allemagne nazie

Louis Renault, patron tout puissant de la société anonyme des usines Renault, la SAUR, fut un fournisseur zélé de l’armée allemande. Les très nombreux documents d’archives sont accablants ; aujourd’hui consultables, parfois en dérogation, ce qui permet de les transcrire, mais en interdit la photocopie, ils éclairent la volonté affirmée de développer les productions de Renault, non seulement de matériel roulant (camions, autres véhicules, chars…), mais aussi surtout les fournitures de pièces détachées, qui, toutes, étaient destinées à l’effort de guerre allemand, des maillons de chenille de chars aux vilebrequins.

Dans cette masse de documents qui tous, sans exception, vont dans le même sens, un est particulièrement accablant, et fait de Renault une entreprise exceptionnelle et même unique du point de vue de la collaboration économique avec l’occupant allemand : il s’agit du compte rendu d’une réunion avec le service des prix du bureau armement de la section économique du commandement militaire allemand en France (Gruppe Preisprüf, Wi Rü Stab, Militärbefehlshaber in Frankreich) qui, en date du 13 janvier 1942 accorde à la seule société Renault une marge sur prix de revient de 12%, alors qu’il est de 10% pour les grandes entreprises, de 8% pour les moyennes, et de 6% pour les petites. Ceci représente une marge supplémentaire de 20% pour Renault par rapport à ses grands concurrents de l’automobile, le double de celle des petites entreprises.

Les défenseurs de Louis Renault et de ses héritiers avancent souvent l’argument que Renault « n’a pas fait pire que les autres ». Il semble bien que si, aux yeux des autorités de l’occupant en tout cas.

Très contentes, les autorités allemandes appuient peu de temps après la demande de Renault d’allocation d’acier (rationné) pour développer ses capacités de production et construire un nouveau four électrique.

En 1943, après le second bombardement de Billancourt, tout en augmentant la production de camions, Louis Renault exprime le désir de voir le montage exécuté en dehors des usines ; il propose d’effectuer certains montages dans les carrières souterraines des bords de Seine, ce qui se fera à Carrières et Meudon entre autres, et ce jusqu’en juillet 1944, date à laquelle Renault proposera encore de développer les usines souterraines.