Fabrications d’armements

La défaite de juin 1940 consommée, Louis Renault, qui était aux Etats-Unis rentre en France dans la seconde quinzaine de juillet.

Le 1er août 1940 il rencontre (apparemment seul) les autorités d’occupation. Le 4 août, il envoie son neveu François Lehideux, accompagné d’autres dirigeants de la SAUR négocier la réparation des chars. Bien qu’un peu tendue, la réunion se passe « correctement », un participant allemand expliquant que Louis Renault lui avait dit que « M. Lehideux avait pleins pouvoirs pour traiter de la question de l’entretien des chars. Il a donné l’assurance qu’il n’aurait pas à désavouer M. Lehideux ». Avec quelques pudeurs, comme celle de demander au commandement allemand de prendre la direction des opérations, « la séance est levée sur l’impression très précise que la solution est admise ».
Le travail se fit donc, non sous la contrainte, comme le clament les défenseurs et héritiers de Louis Renault, mais sur la demande de la direction française d’un commandement allemand, et avec l’assurance d’apporter l’aide voulue à la Wehrmacht.

Dès lors, les fabrications de pièces pour chars, de sous ensembles, la réparation de chars, se développa. Les bombardements de mars 1942 détruisirent de nombreux ateliers.
Les héritiers de Louis Renault ont attaqué le Centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane car il avait légendé la célèbre photo de Louis Renault avec Adolf Hitler au salon de l’auto de Berlin d’une phrase qui contenait « …il fabriquera des chars pour la Wehrmacht ».
Alors qu’ils avaient perdu en première instance, la cour d’appel de Limoges jugea bon de leur donner raison, en citant de façon grossièrement tronquée Annie Lacroix-Riz, mais en prenant bien soin de ne pas la consulter.

Remarque : le centre de la Mémoire d’Oradour-sur-Glane est une institution qui n’a pas les moyens financiers de se pourvoir en cassation. Selon que vous serez puissant ou misérable…Quant on voit la richesse des moyens déployés par les héritiers, en communication, agence de relations publiques, site internet,…, on peut constater d’une part qu’il leur reste quelques moyens, et d’autre part que l’appât du gain les conduit à investir.

Certes en France, sous l’occupation, il n’a pas été fait de grande publicité au travail de Renault sur les chars. Mais les Anglais, qui ont bombardé en 1942, avaient quelques agents, et envoyaient des tracts par la Royal Air Force

Peu lisible, ce tract a été transcrit par Michel Certano :

  1.  « Comment vous pouvez aider l’Angleterre à aider la Russie
  2. Au début de la campagne de Russie l’armée allemande disposait de 30 000 tanks, selon des renseignements donnés par Lord Beaverbrook.
  3. Cet équipement comprend non seulement le matériel allemand proprement dit mais tout le matériel que l’Allemagne a pu prendre dans les pays dominés ou conquis par elle.
  4. Regardez la photo à l’envers de ce feuillet. Elle montre des tanks de l’armée allemande pris par les Russes.
  5. Ce ne sont pas des tanks allemands, mais des tanks français. Examinez bien, si vous connaissez le matériel français, leur train de roulement avec son triple jeu d’amortisseurs. Ce sont les chars Renault 35 de l’armée française.
  6. Ces chars que les Allemands emploient aujourd’hui contre la Russie furent pris à l’armée française avant l’armistice ou fabriqués depuis dans les usines françaises sous le contrôle allemand. Ils représentent pour Hitler le fruit le plus précieux de la collaboration…
  7. … Chaque machine fabriquée en France occupée, que ce soit un tank, une locomotive, une machine agricole ou l’instrument le plus banal, peut être utilisée directement par l’armée allemande ou rend possible la libération de machines ou de main d’œuvre allemande pour l’industrie de guerre de Hitler ».

La dernière phrase est d’une grande lucidité, et rend un peu vaine la distinction entre les différentes fabrications, qui toutes, contribuaient à l’effort de guerre allemand.

Plus fort encore, les Allemands n’avaient pas nos pudeurs. Ils ont donc pris des photos des bombardements de mars 1942, que l’on retrouve dans le tome 12 de l’ouvrage du spécialiste des chars Walter J. Spielberger, intitulé : Beute-Kraftfahrzeuge und Panzer der deutschen Wehrmacht (Band 12 der Reihe «Militarfahrzeuge») –MotobuchVerlag, Francfort, 1992. A la page suivante, cet auteur donne des détails de production, et de la transformation par Renault de chars B2 (avec canon) en chars (avec lance-flamme).

Sauf à jouer sur les mots, Renault a bien fabriqué des chars pour la Wehrmacht.

Et dans le domaine de la fabrication des maillons de chenille de char, une note du bureau de l’armement allemand demande au ministère de la production industrielle de Vichy de faire le nécessaire pour que le projet Renault de construction d’une forge et fonderie au Mans se réalise promptement, car  cette construction augmentera notablement la capacité des forges des usines Renault.

Ces quelques documents choisis parmi des centaines illustrent bien que Renault était un fabricant d’armements pour l’armée allemande, et aussi pour son plus grand profit.